jeudi 11 juin 2009

Poppée couronnée au Grand Théâtre de Bordeaux

Une soirée au Grand Théâtre est toujours un ravissement. A ma droite, un ecclésiastique quasi centenaire, tout droit échappé d’un roman de Mauriac, se remémore avec nostalgie les nombreuses représentations des Noces de Figaro auxquelles il a assisté au cours de sa longue vie. Derrière moi, une vieille américaine ravit son auditoire en déclarant avec un délicieux accent que « la vie est trop courte pour boire du mauvais rouge ». Nous sommes bien à Bordeaux.

Composé pour Venise, Le Couronnement de Poppée est le dernier opéra de Claudio Monteverdi. Il a connu un long sommeil de 300 ans, avant d’être redécouvert en 1888 et de s’imposer au répertoire. Il est généralement considéré comme l’œuvre où apparaît une innovation majeure et appelée à un grand avenir, l'aria.

Le livret de Francesco Busenello met en scène les amours adultérines de l’empereur Néron et de la courtisane Poppée, sur fond d’intrigues de palais, d’assassinats et de commentaires impertinents des nourrices et valets. D’une grande modernité, délicieusement amoral, il regorge de mots d’esprit et d’aphorismes savoureux. On note aussi que dans un esprit déjà très baroque, une bonne moitié des rôles peuvent être chantés indifféremment par des femmes ou des hommes, d’autres sont travestis (les vieilles servantes par exemple). Othon, chanté par un haute-contre, revêt les habits de la douce Drusilla pour tenter d’assassiner Poppée dans son sommeil.

Le spectacle est une coproduction de l’opéra National de Bordeaux et du Festival de Glyndebourne. C’est une reprise de la mise en scène magique et pétillante d’intelligence du canadien Robert Carsen. A chaque instant, il trouve une idée qui fait mouche, totalement cohérente avec le livret. Dans la légèreté comme dans la gravité, le metteur en scène suggère avec élégance et subtilité, sans jamais appuyer ni insister.

Réduit à une longue basse continue, parfois pimentée de quelques traits de cordes, l’accompagnement instrumental laisse une large place au travail du chef, l’excellent Rinaldo Alessandrini. La distribution est très homogène, jeune et virtuose, à l’exception peut-être de Cencic, que j'ai trouvé peu convaincant et limité sur le plan vocal. On retiendra surtout l’incarnation stupéfiante de Poppée par une Karine Deshayes au sommet de son art, tant au niveau du chant que du jeu de scène.

1 commentaire:

Denis von Basel a dit…

Je vois que tu n'as pas été insensible à l'organe de haute-contre de mon ami Martin Oro !