vendredi 24 avril 2009

Macbeth venu du froid

La production à l’affiche en ce moment à Bastille a été préparée à Novossibirsk, ville perdue au milieu de la Sibérie mais dont le Théâtre d’Opéra et de Ballet est paraît-il l’un des plus modernes et spacieux de Russie. C’est là que le metteur en scène, Dimitri Tcherniakov, a conçu et testé, en plein hiver sibérien, le spectacle présenté par l’Opéra de Paris –qui sera bientôt diffusé sur France Télévision.

Le livret de Macbeth, tiré du drame de Shakespeare, auteur que Verdi vénérait et dont il adapta deux pièces, Othello et Les Joyeuses Commères de Windsor (Falstaff), condense la pièce originale et réduit considérablement le nombre de personnages, au point que l’attention est surtout portée sur le couple infernal et criminel, lord et lady Macbeth. Sur le plan musical, Verdi cherche à transcrire « le bruit et la fureur shakespeariens » et introduit une violence et une brutalité rarement représentées jusqu’alors.

La mise en scène transpose l’action dans un lotissement petit bourgeois, au début du XXème siècle. Les sorcières maléfiques, ce sont les voisins, incarnations de la norme sociale et reflets de l’ambition des protagonistes. Les fantômes, c’est la folie schizophrène de Macbeth, pris entre le remords et les appétits jamais rassasiés d’ascension sociale de son épouse diabolique. Macbeth apparaît comme un petit cadre de banlieue, asticoté par une femme au foyer qui trompe son ennui en complotant, en le harcelant jusqu’à le pousser au crime. Tout cela est en fait assez proche du monde d’American beauty et de Desperate housewifes : derrière les façades proprettes et identiques du lotissement, se jouent des drames, certes moins spectaculaires que ceux des tragédies de Shakespeare, mais finalement tout aussi terribles. Au fil du spectacle, Lady Macbeth devient peu à peu Lady Macbeth de Mzensk ; la boucle est habilement bouclée.

En transformant l’opéra à grand spectacle en drame intimiste, Tcherniakov a déplu au public de Bastille, qui a bêtement sifflé cette mise en scène plutôt cohérente et bien conçue. Macbeth ne déçoit donc pas, même si la finesse du jeu et l’intimité des situations se perdent souvent dans l’immensité de Bastille.

Pour le rôle de lady Macbeth, l’un des plus saisissants que Verdi ait écrits, le compositeur souhaitait une interprète laide et monstrueuse, dont la voix devait être âpre, étouffée, sombre, caverneuse, rauque et étranglée. Lady Gaga n'étant pas disponible, il a fallu trouver une soprano au pied levé pour tenir le rôle. Pas évident... Violeta Urmana, qui s'y est collée est loin d'avoir démérité.

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