lundi 13 avril 2009

Hommage à Régine Crespin

Un livre de mémoires et un coffret de quatre CD nous rapprochent de Régine Crespin, disparue l'été dernier, à Paris, à l'âge de 80 ans. Parus une première fois chez Fayard sous le titre La Vie et l’Amour d’une femme (1982), ses souvenirs ont été réédités, sous une forme enrichie, chez Actes Sud, qui les présente aujourd'hui dans sa collection de poche Babel sous le titre A la scène, à la ville.

De son enfance marseillaise, on retiendra le beau portrait de sa grand-mère italienne, auprès de laquelle se forgea sa vocation de chanteuse. Sans fausse pudeur, avec beaucoup de naturel et de simplicité, dans un style direct, « cash » comme disent les jeunes, Régine Crespin évoque des pans très intimes de son existence, sa famille, ses amis, ses maris, sa vie sexuelle et ses amants… Dans des pages émouvantes, elle raconte sans apitoiement sa lutte courageuse contre le cancer.

Entre un exposé technique un peu long sur la technique du chant et une évocation finale de ses lectures spirituelles, la diva dresse le portrait des gens qu’elle a croisés sur son chemin, notamment les grands artistes avec qui elle a travaillé, Karajan, Solti et bien d’autres.

Régine retrace ses années d’apprentissage, la montée à Paris, ses joies et ses désillusions. Sans amertume, elle évoque ses rapports difficiles avec l’Opéra de Paris, faits de hauts et de bas : comme celle de son ami marseillais Maurice Béjart, sa carrière illustrera une fois de plus l'adage selon lequel nul n’est prophète en son pays. C’est en effet de l’étranger que Régine Crespin garde ses plus beaux souvenirs de scène, San Francisco, New York, Buenos Aires et Bayreuth, Bayreuth où, après Germaine Lubin, elle fût la seule française a avoir triomphé de façon absolue.

En refermant ce joli livre, on n’a finalement qu’une envie : se précipiter sur les enregistrements de celle qui fût la plus grande cantatrice française du XXème siècle, notamment sur "l'album du 80ème anniversaire" édité chez EMI. Sa diction est exemplaire de clarté et d'intelligence, les sublimes contrastes entre les forte et les pianissimo dégagent une émotion extraordinaire.

Je recommande aussi à tous ceux qui s'intéressent à Régine Crespin deux excellents articles d'Hubert Stoecklin, sur Resmusica.com. Le premier retrace sa biographie :
http://www.resmusica.com/aff_articles.php3?num_art=3513

Le second présente une analyse détaillée de sa discographie :
http://www.resmusica.com/aff_articles.php3?num_art=3515

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