mardi 3 février 2009

Madame Butterfly à Bastille

J'attendais avec impatience cette représentation dans la mise en scène de Robert Wilson, reprise d'une création à l'Opéra de Paris, il y a 15 ans.

Comme beaucoup, j'ai découvert Madame Butterfly avec le film de Frédéric Mitterand, travaillé sur le plan esthétique et en même temps fidèle aux codes du drame vériste.

L'approche de Wilson est très différente. La gravité austère et épurée des décors et des costumes, le jeu statique et chorégraphié des chanteurs inscrivent la mise en scène dans une recherche esthétique raffinée, sophistiquée, voire artificielle sur le théâtre et l'art décoratif japonais.

Le duo d'amour du premier acte se joue face à la scène. Butterfly et Pinkerton s'effleurent à peine et n'échangent pas un regard. La fièvre et la passion semblent bannies.

C'est, il me semble, au cours des deuxième et troisième actes que l'approche de Wilson montre sa redoutable efficacité : la cruauté du sort de Butterfly est en effet renforcée et magnifiée par la pureté dépouillée de l'approche scénographique, qui confère à l'opéra de Puccini une étoffe de tragédie antique.

Dans un tempo plutôt lent, l'orchestre de l'Opéra de Paris (dont les progrès accomplis au cours des dernières années ne cessent de me ravir) déploie des couleurs subtiles et raffinées et s'efforce de ne pas trop couvrir les voix des chanteurs.

Adina Nitescu est une Cio Cio San honnête dont le timbre n'est pas inoubliable. Carl Tanner, Pinkerton sans envergure, fatigué et bedonnant est sifflé à la fin de la représentation. Le reste est honnête, sans plus. Mais au final, ce manque de relief sert assez bien une mise en scène épurée et stylisée d'où l'excès est banni. Mais est-ce au chant de servir la mise en scène ?

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