vendredi 23 septembre 2016

Bruits d'animaux à la Fondation Cartier

La musique, comme presque tout ce qui relève du répertoire humain, était peut-être déjà dans l’air lorsque nous sommes apparus, sa manifestation déjà audible et visible partout. Quand les humains ont articulé leurs premiers mots, les oiseaux, les batraciens et les insectes sifflaient, dansaient, tambourinaient, trillaient depuis longtemps (Paul Shepard).

C’est un peu autour de cette idée que tourne l’exposition présentée en ce moment et jusqu’au 8 janvier 2017 à la Fondation Cartier.

Le Grand orchestre des animaux, c’est son nom, trouve son inspiration dans l’œuvre du musicien et bio-acousticien américain Bernie Krause qui, depuis près de 50 ans, se passionne pour le monde sauvage, du moins ce qu’il en reste.

Deux parties dans cette exposition très originale, à défaut d’être vraiment passionnante :
  
Au rez-de-chaussée, accrochage de toiles et de photos. Je retiens notamment une série de superbes photographies d’ours et d’oiseaux du Japonais Manabu Miyazaki et plusieurs peintures d’artistes africains (fantastiques Bruits de la nature du Congolais JP Mika).
  
Pour la seconde partie de l’exposition, descente au sous-sol pour découvrir, selon la brochure remise à l’entrée de la Fondation,  une esthétique insoupçonnée du monde vivant qui se trouve révélée à travers le prisme des technologies sonores et visuelles, dispositif immersif de traduction visuelle des paysage de sons enregistrés par Bernie Krause, expérience intense des vocalisations animales, véritable musique non-humaine. 

Comme j'aurais un peu de mal à parler de cette installation, qui ne m'a pas retenu bien longtemps, je préfère laisser la parole au concepteur :
  

mercredi 21 septembre 2016

Julien Chauvin et Sandrine Piau font revivre les riches heures musicales des Tuileries

A l’occasion de la sortie de leur premier disque autour de l’intégrale des Symphonies Parisiennes de Haydn, le Concert de la Loge et la soprano Sandrine Piau seront en concert les 6 et 7 octobre, à Puteaux et Paris.
  
Tout au long du XVIIIe siècle, le Palais des Tuileries vibre au son des concerts du Concert Spirituel ou du Concert de la Loge Olympique, deux associations qui ont révolutionné la pratique du concert. 
  
Entre un grand motet et un air d’opéra à la mode, la musique symphonique et concertante y est à l’honneur, et notamment celle de Haydn, qui compose pour le Concert de la Loge Olympique ses symphonies dite "Parisiennes", dont sa 83ème, en sol mineur, dite "La Poule" à cause de l'impression de caquètement que donne le second thème du premier mouvement.
  
Héritiers de cette histoire, Julien Chauvin et son orchestre nous font revivre, en compagnie de Sandrine Piau, ces riches heures musicales du Louvre.

Jeudi 6 octobre – 20h45 – Salle Gramont – Puteaux http://www.culture.puteaux.fr/accueil/actualites/

Vendredi 7 octobre – 20h00 – Auditorium du Louvre http://www.louvre.fr/un-soir-au-concert-spirituel

Joseph Haydn – Symphonie n° 83 en sol mineur Hob.I.83 “La Poule”
Jean-Chrétien Bach – Semplicetto, ancor non sai extrait d’Endimione
Marie-Alexandre Guénin – Symphonie en ré mineur opus 4 n°3
Airs italiens de Giuseppe Sarti et Giovanni Paisiello

Écoutons-les un instant dans une autre symphonie de Haydn, la 85ème, en si bémol majeur, surnommée "La Reine" car elle était dit-on la préférée de Marie-Antoinette.

vendredi 16 septembre 2016

Racha Arodaky joue les préludes de Scriabine

C’est au cours d’un concert Bach, au Goethe Institut, que j’ai connu Racha Arodaky, merveilleuse pianiste d’origine syrienne. Ce récital annonçait la publication d’un disque consacré aux partitas 1, 2 et 3.


Impressionné par la poésie et le velouté de son jeu, j’ai voulu aller un peu loin, et remonter le temps, en écoutant ses enregistrements antérieurs consacrés à Mendelssohn, Schumann et Scriabine.

Scriabine, dont Racha joue les préludes, des pièces que je ne connaissais pas, à l’exception peut-être d’une ou deux qu’Horowitz aimait à donner en bis.

Le premier cycle, celui de l’opus 11, a été conçu entre 1888 et 1896. Il s’inscrit dans la voie tracée par Chopin : 24 préludes, étagés sur un plan tonal allant dans le sens des dièses.

Scriabine composera par la suite d’autres préludes mais il est difficile de parler de cycles car on ne compte que quelques morceaux dans les opus 13, 15, 17, 22 et 27.

Du début à la fin, ce disque est un pur ravissement. Les préludes sont de superbes petits bijoux, d'une grâce infinie, dont l’art subtil m'a fait penser à celui des haïkus.

La structure de ces courtes pièces est assez constante : exposition, transposition le plus souvent à l’octave puis conclusion, en douceur ou avec brio. De prélude en prélude, le compositeur oscille entre écriture en lignes mélodiques et composition en motifs rythmiques, chaque pièce pouvant assez aisément se rattacher à l’une des deux catégories.

Au-delà de la technique, les pièces témoignent avant tout d'une grande inventivité et d'un talent de composition remarquable, qui donnent à ces morceaux l'aspect de courtes improvisations. Ce n’est donc pas un hasard si plusieurs préludes ont été repris comme standards par des musiciens de jazz.

Ici Chick Corea avec le prélude op. 11 n° 2 :
  

Mais revenons à l’interprétation de Racha Arodaky, délicate, nuancée, d’un très beau lyrisme, qui convient tout particulièrement à ces miniatures d'une grande délicatesse.

L’enregistrement est de surcroît servi par une prise de son d’une très grande qualité, qui rend parfaitement hommage à la sonorité profonde et sensuelle du piano Steingraeber sur lequel joue la pianiste. Le disque s’est de ce fait rapidement imposé comme une référence.

Racha joue ici le prélude op. 17 n° 3 :




dimanche 21 août 2016

Avec Liszt à la Villa d'Este (Un été à Rome, 10)

Villa d'Este - photo Jefopera
A quelques kilomètres de la villa d'Hadrien se trouve la Villa d'Este.
  
De 1550 à sa mort, en 1572, le cardinal Hippolyte d'Este, nommé gouverneur de Tivoli par le pape Jules III, fit construire une résidence somptueuse, entourée de fabuleux jardins en terrasses, dans le plus pur style maniériste.
  
Pirro Ligorio, son architecte, s'inspira de la villa d'Hadrien toute proche, pillant au passage les marbres, les mosaïques et les éléments d'ornementation qui s'y trouvaient encore. Il reprit aussi les techniques d'approvisionnement en eau des anciens Romains pour alimenter les multiples fontaines des jardins.

Le soleil est revenu sur Tivoli et la visite des jardins se révèle délicieuse, quoique un peu rapide à mon goût. Parce qu'elle n'a pas envie de rentrer trop tard chez elle, notre guide sonne un vigoureux rappel, invoquant, sans trop y croire elle-même, des embouteillages à l'entrée de Rome. Mais épuisés par cette journée à l'assaut des ruines et des jardins, c'est finalement soulagés que nous regagnons le confortable autocar.
  
La poésie, la peinture et la musique ont célébré la Villa d'Este. Liszt, qui y fut l'invité du cardinal Gustav Hohenlohe, la prit pour thème de l'une des pièces les plus célèbres, et peut-être la plus belle de ses Années de pélerinage, Les jeux d'eaux à la Villa d'Este.
  
Je vais laisser France Clidat, très grande dame du piano français, disparue il y a 4 ans, présenter cette œuvre magnifique avec laquelle s'achève notre été romain.
 
Dans cette pièce, il faut donc que le jeu pianistique imite l’eau le plus possible : les trilles, les trémolos, les traits rapides dans l’aigu, les arpèges et gammes aquatiques, les tierces jaillissantes, tout doit faire couler le clavier, tout doit suggérer cette eau frémissante, cristalline et irisée, dans une sonorité claire et légère : faire oublier les marteaux.
  
Puis à un moment donné, le climat change, par un ralentissement du tempo, Un poco piu moderato, et une enharmonie qui met en exergue une citation de l’Evangile selon Saint-Jean, inscrite à cet endroit du manuscrit :
 
« Celui qui boira de cette eau ne sera jamais plus altéré, car l’eau que je lui donne ainsi sera pour lui source de vie éternelle. » (Jean, 4, 14)
 
Cette parole se situe au moment où Jésus révèle sa nature divine à la Samaritaine, à laquelle il vient de demander à boire au cours d’une halte au bord d’un puits, dans la ville de Sychar.
 
La présence de ce verset à cet endroit-là change l’atmosphère du tout au tout, et il faut le transmettre à l’auditeur, à travers cette mélodie passionnée, sur une pédale de ré majeur, accompagnée par des arpèges de doubles croches. Liszt est vraiment un grand mystique. Il cherche à transmettre, par le biais du piano, la métamorphose de l’eau bucolique, poétique, de nature humaine, en eau lustrale, baptismale, de nature divine.
    

mercredi 17 août 2016

A la Villa Hadriana avec Pergolese (Un été à Rome, 9)

Tivoli, Villa Hadriana - photo Jean-Laurent Juliéno
Comme le site est compliqué à atteindre par les transports en commun, nous avons opté pour une excursion organisée d’une journée à Tivoli, avec, l’après-midi, la visite de la Villa d’Este -qui refermera notre album musical romain.
 
Il a plu toute la nuit, l’air est frais et le ciel encore nuageux lorsque nous pénétrons sur ce site gigantesque.
  
Villa Hadriana. Ce nom trop modeste désigne mal ce qui fût, avec celui de Néron, le plus vaste palais impérial de l’antiquité, et reste un des plus beaux et riches sites archéologiques du monde.
  
On continue à s’interroger sur les idées qu’il avait en tête lorsqu’il s’est décidé pour cette pluralité d’édifices disparates.  Il avait choisi cette grasse campagne près de Tivoli à cause de l’abondance des eaux, élément essentiel de son système d’architecture. L’imbrication de la nature et de la pierre, la conception du palais comme un vaste jardin irrigué de canaux et parsemé de fontaines, de bassins, de nymphées, sont en effet un des principes les plus neufs d’Hadrien. Plus d’organisme compact comme sur le Palatin, mais un éclatement, un éparpillement, une fusion dans le paysage, ce qui était révolutionnaire pour l’époque (Dominique Fernandez, Le Piéton de Rome, Philippe Rey, 2015).
 
L’historien romain Spartianus, dans L’Histoire auguste, raconte qu’Hadrien orna d'édifices admirables sa villa de Tibur : on y voyait les noms des provinces et des lieux les plus célèbres, tels que le Lycée, l'Académie, le Prytanée, Canope, le Pécile, Tempé. Ne voulant rien omettre, il y fit même représenter le séjour des ombres.
 
La villa évoque en effet les sites et les monuments qu'Hadrien a visités et aimés lors de ses nombreux voyages dans l’Empire romain. La visite se présente de ce fait comme celle d’un vaste parc, frais et escarpé, planté de pins, de cyprès et d’oliviers, et tout entier parsemé de ruines impressionnantes, certaines faisant penser aux fabriques du XVIIIème siècle -lesquelles, en réalité, tirent sans doute leur origine de la Villa elle-même. Les restes du palais d'habitation, des thermes et des bâtiments annexes sont grandioses et, même s'il fût abondamment pillé, notamment lors de la construction de la Villa d'Este, le site reste aussi somptueux qu'émouvant.
  
On se reportera bien évidemment au chef d'oeuvre de Marguerite Yourcenar pour mieux connaître cet empereur à la figure très attachante, humaniste, esthète et grand voyageur. 

Hadrien est aussi le héros de plusieurs opéras.

Tout récemment, le chanteur et compositeur canadien Rufus Wainwright s’est emparé du personnage. On ne sait pas grand-chose de cette oeuvre encore en gestation, juste qu’il y aura tous les éléments du grand opéra traditionnel : histoire d’amour, intrigue politique, chœurs, grands airs et beaucoup de personnages. 
  
Wainwright  explique : C’est aussi un roman tragique: la raison pour laquelle l’amour d’Hadrien pour Antinoüs -et son immense chagrin quand le jeune homme pérît noyé- n’a pas été célébré réside dans la peur de l’amour homosexuel, qui n’a que peu évolué depuis. Plus je me plonge dans l’univers d’Hadrien et de son temps, plus j’observe de parallèles avec notre vie aujourd’hui
  
La première devrait avoir lieu en 2018 à l’Opéra de Toronto.
  
Le plus célèbre Hadrien de l’histoire de l’opéra reste néanmoins celui du livret de Metastase Adriano in Siria. Il met en scène Hadrien dans sa guerre contre les Parthes, présentant l'empereur sous les traits d'un tyran magnanime, dans l'esprit des despotes éclairés en faveur au siècle des Lumières. Ce livret connût un succès considérable, puisqu'il fût mis en musique par plus de cinquante compositeurs différents. Assez tarabiscotée, l'intrigue tourne autour d'une passion amoureuse totalement fantaisiste entre l'empereur et une certaine Emirena. On aurait bien sûr préféré voir Antinoüs sur scène, mais bon...

Hadrien (Adriano dans l’opéra) a vaincu le roi des Parthes Osroa, en fuite. Il doit épouser Sabina mais tombe amoureux d'Emirena, qu'il retient prisonnière, ce qui fait les affaires d'Aquilio, le confident de l'empereur, lui-même amoureux en secret de Sabina. Emirena, de son côté, aime et est aimée de Farnaspe, un prince parthe ami d'Osroa. Avez-vous bien suivi ? Alors continuons.

Osroa organise plusieurs tentatives d'assassinat d'Adriano, qui échouent toutes, mais dont Farnaspe se retrouve accusé ; ces injustes soupçons conduisent Emirena à révéler le nom du vrai coupable, sans qu'elle se rende compte qu'elle accuse ainsi son père. Adriano fait alors enfermer ensemble les trois Parthes.

La fin de l'opéra rappelle celle de La Clémence de Titus : Adriano, ému par la grandeur d'âme de Sabina, qui accepte de se retirer pour le laisser épouser Emirena, rend celle-ci à Farnaspe, son véritable amour, et pardonne à ses ennemis.
  
La première mise en musique fût celle de Caldara, à Vienne en 1732, mais on connait mieux celle de Pergolese, composée deux années après. C'est un opéra très réussi, d'une chaleureuse élégance, où la talent mélodique de Pergolese fait merveille, au point que certains y ont vu comme un avant-goût de Bellini.
   

mardi 9 août 2016

Place du Panthéon, toujours avec Mascagni (Un été à Rome, 8)

Rome, Panthéon
Un peu comme la Via del Corso, la place du Panthéon est un endroit où l’on finit toujours par se retrouver, à un moment ou à un autre de la journée. Et on ne peut se lasser d'admirer le monument extraordinaire qui lui donne son nom.

André Suarès (Rome) en parle fort bien :
  
Le Panthéon est de bien loin la plus belle architecture de Rome. Au-dedans tombe du ciel une lumière incomparable. Celui qui passe du portique dans ce temple, ayant soin de laisser peser sur sa tête la masse des puissantes colonnes, leur hauteur géante et le noir regard de l’énorme porte de bronze reçoit dans sa pensée une impression unique.

Rien de plus beau que ce jour qui vient d’en haut, et du ciel lui-même, par l’orbite de pierre ; si le ciel est pur, cette clarté bleue pénètre l’âme de joie. Si des nuages passent, la sérénité prend une voix assurée et presque terrible.
  
Et Stendhal résume encore mieux l’affaire :
  
Le Panthéon a ce grand avantage : deux instants suffisent pour être pénétré de sa beauté. On s’arrête devant le portique, on fait quelques pas, on voit l’église, et tout est fini. Ce que je viens de dire suffit à l’étranger ; il n’a pas besoin d’autre explication, il sera ravi en proportion de la sensibilité que le ciel lui a donnée pour les beaux-arts. Je crois n’avoir jamais rencontré d’être absolument sans émotion à la vue du Panthéon. N’est-ce pas là le sublime ? (Promenades dans Rome).
  
Bâti sur l'ordre d'Agrippa au Ier siècle avant J.-C., endommagé par plusieurs incendies, et entièrement reconstruit sous Hadrien, le Panthéon était un temple dédié à toutes les divinités de la religion antique. Il fut converti en église chrétienne au VIIe siècle, et c'est sans doute grâce à cela qu'il est toujours debout. C’est d'ailleurs le plus grand monument romain antique qui nous soit parvenu en état pratiquement intact. Avec 43,30 m de diamètre à l'intérieur, sa coupole est la plus grande de toute l’Antiquité.
  
Face au Panthéon, une plaque apposée sur la façade de l’ancienne Albergo del Sole nous informe de la présence de Pietro Mascagni en 1890. Ce qui m’a donné envie de faire connaître une partition orchestrale superbe et très peu connue du compositeur de Cavalleria Rusticana, la musique de scène pour une pièce de Thomas Henry Hall Caine, The Eternal City. Une pièce qui se passe en partie à Rome, comme son nom permet de le deviner.
  
Romancier et dramaturge anglais, Hall Caine (1853 1931) eût beaucoup de succès à Londres et aux Etats-Unis, où plusieurs de ses pièces furent utilisées dans des scénarios de films.
  
Publiée en 1901, The Eternal City commence un peu comme un roman de Dickens.
  
Exilé en Angleterre où il vit discrètement sous le faux nom de Roselli, le prince Volonna ramasse un soir d'hiver dans la rue un gamin quasi mort de froid. Comme il n'a pas de fils, il s'attache à lui, décide de l'adopter et le prénomme Davide. Ce garçon grandit paisiblement dans la maison du bon docteur, en compagnie de son épouse anglaise et de leur petite fille, qui s’appelle Roma, en mémoire de la lointaine patrie du prince.
  
20 années passent jusqu'à ce que les ennemis du prince, qui ont la rancune tenace, parviennent à le retrouver, le capturent avec son fils et les emprisonnent sur l'île d'Elbe. Davide parvient à s’échapper mais son père meurt dans sa cellule. Recueillie à Rome par le baron Bonelli, Roma éblouit la bonne société par sa beauté et son esprit, et retrouve Davide. Les deux jeunes gens réalisent alors qu'ils s'aiment profondément et, au terme de diverses péripéties, tombent dans les bras l'un de l'autre.
  
Sur cette histoire riche en rebondissements et en grands sentiments, Mascagni a composé une très belle musique, marquée par une harmonie raffinée, une orchestration à la fois suave et délicate et des élans lyriques toujours contenus dans des lignes mélodiques très pures.
 
Mascagni a volontairement réduit son propos musical à l’histoire d’amour entre Davide et Roma, s'identifiant sans doute au jeune homme dans son amour pour Roma, allégorie de la Ville Eternelle.
 
Il existe de cette partition un très bel enregistrement, publié chez Chandos, avec l’Orchestre du Teatro Regio di Torino dirigé par Gianandrea Noseda. Mais je n'ai trouvé sur Youtube que ce court extrait.
  

vendredi 5 août 2016

Dans le palais de Néron avec Mascagni (Un été à Rome, 7)

Intérieur de la Domus aurea
Munis de casques de chantier et de lampes torches, nous pénétrons dans le ventre de la colline qui recèle les restes de l’un des monuments les plus fabuleux de la Rome antique, la Maison d’or de Néron.
 
C’est à la suite de l’incendie de Rome, en 64, que Néron fait construire cet ensemble architectural gigantesque, qui comprenait d’immenses bâtiments, des jardins et un lac artificiel.
  
Après sa mort, en 68, Trajan fait remblayer la Domus et édifie ses thermes au-dessus. Ses architectes prennent toutefois le soin de faire récupérer une bonne partie des fabuleux décors de marbre, pierres précieuses, mosaïques et parements d’or qui ornaient ses murs.
  
Sans doute parce qu’elles ne pouvaient pas aisément être déposées, les fresques sont restées. Découvertes par hasard à la Renaissance (on raconte qu’un Romain, tombé dans un trou, s’est retrouvé nez à nez avec les fresques et a prévenu un artiste de ses amis), elles présentaient des scènes mythologiques, sur des fonds rouges, ocres ou noirs. Parce que l’on croyait que ces peintures ornaient les parois de grottes, on les a appelées « grotesques ».
 
Dominique Fernandez trouve les mots justes pour décrire l’impression que l’on ressent en pénétrant dans ce site (Le Piéton de Rome, Philippe Rey, 2015) :
 
Dès que l’on a franchi la grille, stupeur. Le plafond d’un immense corridor, qui a l’air de s’enfoncer dans les entrailles de la terre, surplombe le sol de plus de dix mètres. C’est ensuite un dédale de pièces démesurément grandes, une enfilade tortueuse d’énormes cavernes. Pour comprendre l’impression extraordinaire que l’on éprouve sous ces voûtes faites de simple brique, associez deux notions qui semblent incompatibles : labyrinthe et gigantisme.
 
Visite qui nous donne l’occasion de découvrir et d’évoquer le dernier opéra de Pietro Mascagni, Nerone.
 
Il fût créé le 16 janvier 1935, avec quelques-uns des plus grands chanteurs de l'époque : Aureliano Pertile dans le rôle-titre, Lina Bruna Rasa dans celui d’Atte et Marguerita Carosio dans celui d'Egloge. Le compositeur, qui ne cachait pas son adhésion sans réserve au fascisme, dédia son œuvre à la gloire de Mussolini.
 
Mascagni ne voulait pas de morceaux fermés. J'ai toujours été un amoureux du récitatif chanté, fluide, musicalissime, répétait-il. Au fond, Nerone sera ceci : un essai d'expression musicale de la parole. Dans Nerone, pas de grands airs, mais une ligne continue assez fluide, avec de grandes envolées orchestrales comme Mascagni sait les faire.
 
L'action est un peu compliquée : Néron passe ses nuits dans les tavernes sordides de Rome, récite des pages de Sophocle, se saoule et provoque des querelles. Alors qu'il a déjà une maîtresse véhémente et vindicative, Atte, qui l'a maintes fois sauvé du poignard de ses ennemis, il s'amourache d'une jeune danseuse grecque, l'esclave Egloge, aussi douce qu'Atte est violente.
  
Mais alors que les tourtereaux roucoulent en plein bonheur, Atte réussit à empoisonner sa rivale. C'est le prélude à la chute de l'empereur. Le peuple romain se soulève et acclame Galba. Tous les amis de Néron le trahissent ou sont exécutés. Seule Atte lui est restée fidèle et retrouve sa place dans le cœur de Néron. L'empereur fuit Rome avec elle, se retrouve dans la cabane de Faonte ; apprenant qu'il est destitué, il se donne la mort en déclarant Quel grand artiste meurt