dimanche 16 septembre 2018

L'Opéra comique dévoile sa saison 2019

L’Opéra Comique vient de dévoiler sa saison 2019. 7 spectacles sont à l'affiche :
  
Gretel et Hansel, un spectacle pour enfants d’après Hänsel und Gretel de Humperdinck.
  
Le Postillon de Longjumeau d’Adolphe Adam, avec Michael Spyres, Florie Valiquette. L'Orchestre de l’Opéra de Rouen sera dirigé par Sébastien Rouland, mise en scène de Michel Fau
  
Manon de Massenet, avec Patricia Petibon dans le rôle-titre, Frédéric Antoun, Jean-Sébastien Bou, Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre, mise en scène d'Olivier Py.
  
Madame Favart, d’Offenbach, avec Anne-Catherine Gillet, Marion Lebegue, Christian Helmer, Laurent Campellone dirigera l'Orchestre de chambre de Paris, mise en scène d'Anne Kessler.
  
L’Inondation, création, musique composée par Francesco Filidei sur un livret de Joël Pommerat.
  
Ercole Amante, de Cavalli avec Nahuel di Pierro, Anna Bonitatibus, Francesca Aspromonte, Giulia Semenzato, Giuseppina Bridelli, l'Ensemble Pygmalion et Raphaël Pichon, mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq.
  
Enfin, Fortunio, d'André Messager avec Cyrille Dubois, Anne-Catherine Gillet, Jean-Sébastien Bou, Choeur les éléments, Orchestre des Champs-Élysées, Louis Langrée (direction), Denis Podalydès (mise en scène)
  
Ouverture des abonnements le 17 septembre et vente des places à l'unité le 8 octobre. 
  
Tous les détails sur le site de l'Opéra Comique :
  

mardi 11 septembre 2018

Hummel, génie méconnu

Récemment découverts sur Radio Classique -dont la programmation est loin d'être aussi conventionnelle que ce que certains laissent entendre- les deuxième et troisième concertos pour piano de Johann Nepomuk Hummel, joués par l'excellent Stephen Hough. Ils sont tellement beaux que je les passe en boucle depuis le début du mois.
 
Né en 1778 à Pressburg, aujourd'hui Bratislava, Hummel reçoit ses premières leçons de musique de son père, musicien de l'École impériale de musique militaire et chef d’orchestre du théâtre. 
 
La famille s'installe ensuite à Vienne et le jeune Nepomuk (quel joli prénom !) est admis comme élève de Mozart, qui l’héberge près de trois ans, lui donne des leçons et lui permet de se produire en concert alors qu'il n'a que 9 ans.
 
Hummel entreprend ensuite une grande tournée européenne au cours de laquelle il rencontre les plus célèbres compositeurs de l'époque, notamment Haydn, Clementi et Salieri.
 
Vers cette époque, le jeune Beethoven arrive à Vienne. On dit souvent qu’il y eut une rivalité marquée entre les deux compositeurs, ce qui est un peu exagéré. Si leurs relations connurent des hauts et des bas (le mauvais caractère de Beethoven y était sans doute pour beaucoup), ils demeurèrent en fait toujours amis et c'est du côté de leurs partisans respectifs qu'il y eût sans doute le plus d'animosité.
  
Hummel a 26 ans lorsqu’en 1804, il succède à Joseph Haydn, comme Konzertmeister chez le prince Esterházy ; il y restera jusqu'en 1811. 
 
En mai 1813, il épouse la chanteuse Elisabeth Röckel, qui lui donnera deux fils. Trois ans plus tard, la famille déménage à Stuttgart, où le musicien est nommé maître de chapelle. L'année suivante, tout le monde part pour Weimar. Hummel y demeurera jusqu'à son décès, en 1837.
 
Hummel est l'auteur d'une abondante production, au sein de laquelle à peu près tous les genres sont représentés, à l'exception notable de la symphonie, ce qui fait imaginer qu'après avoir découvert les compositions de Beethoven, Hummel n'aurait jamais pu s'attaquer au sujet.
 
Sa musique de chambre comprend deux septuors, un sextuor, un quintette pour piano et cordes, trois quatuors à cordes, un quatuor avec piano, un autre avec clarinette, sept trios avec piano, des sonates pour violon et piano, flûte et piano, et même une pour mandoline et piano.

On compte aussi des messes, des cantates, de la musique de scène et 22 opéras, pour la plupart oubliés ou carrément perdus. Un seul, à ma connaissance, a été enregistré, Mathilde de Guise.
 
Si l'on ne connait guère Hummel que pour son célèbre concerto pour trompette, rendu populaire par Maurice André, ses concertos pour violon, pour mandoline et pour basson mériteraient d'être de temps à autre mis au programme des concerts symphoniques.

Encore plus beaux, ses concertos pour piano témoignent d'une grande maîtrise d'écriture et d'une inspiration mélodique belcantiste absolument irrésistible. Ils sont certes encore caractéristiques du style classique mais montrent aussi un certain nombre d'innovations sur le plan du jeu de piano (accords arpégés, glissandos) qui les font, un peu comme ceux de Mendelssohn, jeter un pont très intéressant entre Mozart et Chopin. 
  
Chopin, justement, qui n'avait pourtant pas le compliment facile, aurait dit un jour que Mozart, Beethoven et Hummel sont les maîtres que nous reconnaissons tous.
   

dimanche 9 septembre 2018

Damien Guillon, Caldara, La Maddalena

Damien Guillon et son ensemble Le Banquet Céleste viennent d'enregistrer La Maddalena ai piedi di Cristo, un oratorio d'Antonio Caldara, Une très belle surprise de cette rentrée musicale.

C'est à Saintes, cet été, que j'ai fait la connaissance de ces talentueux musiciens, dans un programme de madrigaux de Frescobaldi.  Donné tard dans la soirée, alors que le jour se retirait doucement de la nef de l'Abbaye aux Dames, ce concert envoûtant reste l'un de mes plus beaux souvenirs du dernier Festival.
  
  
Antonio Caldara, que l'on commence à redécouvrir, est né à Venise en 1671, dans une famille de violonistes. Comme beaucoup de musiciens talentueux de son époque, il fût rapidement invité à se rendre auprès des Cours européennes, Mantoue, Rome, Paris, Vienne enfin, où il se fixa, comme maître de chapelle de Charles VI. 
  
Il composa près de 3 000 pièces, dans à peu près tous les domaines, notamment 87 opéras et une quarantaine d’oratorios, essentiellement destinés au temps du Carême.
  
La Maddalena a d'abord été créée en Italie, avant d'être donnée à Vienne avec succès. Toutefois, les sources documentaires ne précisent pas l'effectif vocal et instrumental avec lequel l'oratorio a été joué, ce qui a conduit les interprètes à effectuer des choix, notamment celui d'attribuer le rôle de l'amour terrestre à une contralto et celui de l'amour céleste au contre-ténor. Idem pour les deux continuos, l'un terrestre, l'autre éthéré, une disposition qui sonne de façon évidente à l'écoute du disque mais qui n'allait pas forcément de soi à la seule lecture de la partition.
  
L'oratorio met en scène les tourments de Marie-Madeleine, repentante et bouleversée, aux pieds du Christ en croix. À la différence d’un opéra, explique Damien Guillon dans un entretien récemment donné au journal La Croix, ni décor, ni mouvements, ni costumes pour soutenir leur propos. Chanteurs et instrumentistes doivent traduire par leur seule éloquence les tourments et les joies des personnages ou allégories qu’ils incarnent.

Dans son écriture vocale, Caldara, en homme de théâtre expérimenté, réussit bien à différencier des rôles dont les affects paraissent tout de même assez mystérieux et difficilement saisissables. Il restait à des chanteurs de talent à s'en emparer pour rendre à l'oeuvre sa force dramatique, et c'est ce que réussissent parfaitement Emmanuelle De Negri (Marie-Madeleine, soprano), Reinoud Van Mechelen (le Christ, ténor) et Maïlys de Villoutreys (Marthe, soprano), aux côtés de Damien Guillon, à la direction et dans le rôle l'Amour céleste.
  
  

dimanche 29 juillet 2018

Festival d'Ambronay 2018

38 concerts sur 4 semaines, près de 1000 artistes, le Festival d’Ambronay prend cette année pour fil rouge le thème du cosmos.
  
Une évocation en musique d'un cosmos tour à tour spirituel ou matériel, intime ou grandiose, à travers une évocation des astres, des éléments et de la spiritualité.
 
Quelques temps forts particulièrement attendus :
 
René Jacobs et son Freiburger Barockorchester dans le premier oratorio de Haendel, Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, Jordi Savall, qui présentera un récit en musique sur la vie de Nicolas Copernic (Armonia Universalis), et puis Laurence Equilbey et son Insula Orchestra, dans La Création de Haydn. 
  
Paul Agnew, Véronique Gens, Leonardo García Alarcón seront également au rendez-vous ; Hopkinson Smith jouera des pièces de luth de l’époque élisabéthaine, et Lucile Richardot, que j’aurais tant aimé pouvoir écouter à Saintes,  donnera son superbe programme de chansons anglaises du XVIIème siècle accompagné de Sebastien Daucé et de l’ensemble Correspondances.
 

 
Des conférences inviteront à observer les galaxies avec la lunette du philosophe, de l’astronome ou de l’astrophysicien : en point d’orgue de cet exaltant voyage, une journée cosmique, placée sous l’aura bienveillante d’Hubert Reeves.
 
Le Festival se déroulera du 14 septembre au 7 octobre prochains, et tous les détails peuvent bien sûr être consultés sur son site :


jeudi 26 juillet 2018

Trois jours au Festival de Saintes

Saintes, Abbaye aux Dames - photo Jefopera

C'est une bien jolie ville, accueillante, calme mais pas endormie, qui recèle de superbes monuments : un arc de triomphe et un théâtre romains, la magnifique basilique Saint-Eutrope, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, de vieux quartiers pittoresques ainsi qu’une remarquable série d’hôtels particuliers du XVIIIème siècle dont les jardins en terrasse surplombent la Charente. 
  
Et puis l’abbaye aux Dames, bien sûr, qui héberge la Cité musicale et au sein de laquelle sont donnés la plupart des concerts, 29 cette année, répartis sur neuf journées.
  
 
Dans la cour de l’abbaye, un espace ouvert mais protégé des pluies et du soleil par un large velum, accueille ceux qui veulent se rafraîchir, se restaurer, lire au calme ou bavarder. C’est un bar, un restaurant mais aussi une sorte de forum, où artistes, organisateurs et public se croisent et se retrouvent. L’espace est fermé par un long comptoir derrière lequel officient une bonne dizaine de bénévoles –ils sont m’a-t-on dit plus de 80 à donner chaque année une semaine de leur temps au Festival. Sandwiches, salades et gâteaux sont préparés par de charmantes dames, qui vous servent avec générosité.
 
On prend place autour de grandes tables, de préférence lorsqu’il y a déjà du monde, ce qui permet d’engager la conversation. Qu’il vienne de Saintes, des environs ou de beaucoup plus loin, le public est connaisseur, passionné, et personne ne vient, comme on le voit parfois ailleurs, pour se montrer ou tenter de briller dans les diners. Détendue sans être relâchée, souvent érudite mais dénuée de cuistrerie, l’ambiance est conviviale et toute empreinte de gaieté. La musique rend heureux, et cela se voit.
 
Consacrées aux répétitions, les matinées laissent quand même un peu de place à la découverte de la ville. A 12.30, commence en général le premier concert, suivi d’un rapide déjeuner, parfois d'une petite sieste sur les transats installés dans les ruines de l'ancien cloître, puis de nouvelles répétitions, des ateliers, parfois des visites, tout cela jusqu’à 18.30, heure à laquelle une collation soupatoire s’impose avant d’attaquer les deux concerts de 19.30 et 22.00.
 
Le premier jour, ce fût le jeune trio Guersan, dans la vieille église de Chaniers, tout près de Saintes, dans un programme Beethoven et Jadin très réussi. Puis, le soir, dans l’abbatiale, Vanessa Wagner, bouleversante dans les Harmonies poétiques et religieuses de Liszt, et l’Orchestre des Champs-Élysées, pour une lecture étincelante du quatuor de Verdi dans une version pour orchestre à cordes que je ne connaissais pas.
 
A 22 heures, dans une abbatiale toujours pleine, et devant un public attentif et captivé, Damien Guillon et son Banquet Céleste ont donné une série de madrigaux de Frescobaldi. Très bien ordonné, le choix de pièces a permis de savourer l’art avec lequel le compositeur, à l’instar de Monteverdi,  savait rendre à merveille toute la palette des affects, de la joie au désespoir, de la colère à la passion amoureuse la plus intense. Se glissant entre les parties chantées, des solos instrumentaux vinrent habilement mettre en valeur le talent des musiciens. Et que dire de ces jeunes chanteurs, tous excellents, à commencer par Damien Guillon lui-même et la soprano Maïlys de Villoutreys, que j’avais déjà eu le plaisir d’écouter à Paris...


 
La journée de mercredi commença par un concert de musique vocale française, interprété par la Maîtrise de Radio France. Au programme, des pages rares de Pierné, Poulenc et Dutilleux, ainsi que de bien jolies Fables de La Fontaine, mises en musique par Marie-Madeleine Duruflé, l’épouse du célèbre organiste et compositeur.

 
La soirée s'ouvrit sur un récital de l’ensemble vocal britannique VOCES8, un groupe de 8 jeunes chanteurs aussi sympathiques que talentueux. Bâti avec intelligence, le programme emmena le public du chant grégorien à Tavener, en passant par Tallis, Byrd, Britten, Elgar et Fauré.
 
Et puis, à la fin du récital, un instant magique, suspendu dans le temps, lorsque les huit chanteurs quittèrent lentement le chœur, puis prirent place au fond de l’abside, loin des yeux du public, et entonnèrent les premières notes du Miserere d’Allegri. Par la seule magie du chant, l’abbatiale romane se transforma alors en chapelle Sixtine. Un moment inoubliable, d’une grande poésie, dont la seule évocation m’émeut encore aux larmes.
  
  
La journée s’est achevée par un concert du pianiste américain Bruce Brubaker, grand spécialiste de la musique minimaliste et interprète privilégié de Philip Glass. Deux séries de morceaux de ce dernier encadraient, dans une symétrie parfaite, une alternance d’études de Terry Riley et de pièces du Codex Faenza, un manuscrit du XVème siècle considéré comme l’un des tout premiers recueils de musique pour clavier. Brubaker joua la série d'un bloc, sans interruption, comme une sorte de longue fantaisie, de rhapsodie envoûtante, où le très ancien finit par sonner comme du très moderne
 
En général peu favorable au piano moderne, l'acoustique de l'abbatiale se révéla curieusement propice à ce répertoire : en donnant aux harmonies et lignes mélodiques des contours flous, indécis, comme flottants, elle m'a semblé accentuer l'effet hypnotique de cette musique, faisant peu à peu glisser le récital vers une sorte d'expérience primitive et sensuelle.
 

mardi 26 juin 2018

Cavalli enchante le TGP

Juste quelques mots sur cette magnifique soirée d’opéra, hier soir, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. 
 
On y donnait Erismena, opéra de Cavalli, et j’attendais l’événement avec impatience.

http://jefopera.blogspot.com/2018/06/erismena-opera-de-cavalli-laffiche-au.html
 
Au début, une surprise : les décors sont réduits à quelques chaises, et les costumes improbables, pour ne pas dire franchement moches ; je me demande bien pourquoi Macha Makeieff s'est crue obligée de nous refaire encore une fois Les Deschiens.

Mais cela n’a finalement guère d’importance car le spectacle réserve d’excellentes idées scéniques, telles ce plateau de métal ondulant sur lequel évoluent les chanteurs -idée peut-être empruntée à Robert Lepage, et surtout, ces dizaines d’ampoules accrochées chacune au bout d’un fil, montant, descendant, s’écartant et se rejoignant pour créer à chaque mouvement de superbes jeux de lumière.

Jean Bellorini signe une mise en scène ciselée, toujours à propos, sans temps mort ni faute de goût, avec un travail sur le jeu d'acteurs remarquable de justesse.

Dans la brochure distribuée avant le spectacle, il explique :
 
Il y a deux niveaux de lecture dans ce livret. Si l’on s’attache uniquement aux intrigues et aux situations, le livret se révèle très embrouillé. Si en revanche on choisit de s’en détacher, il se présente comme un sublime poème d’amour. Aussi, à certains moments, convient-il de rappeler les faits, de faire preuve de clarté et de poser des repères : comprendre qui est qui, qui fait quoi et de qui l’on tombe amoureux. A d’autres moments, il s’agit de laisser libre cours à la poésie pure, à l’essence même du chant.
 
Si l’on aimerait que tous les metteurs en scène aient un propos aussi sensé, on regrette quand même que le patron du TGP ait attendu aussi longtemps pour mettre au programme un opéra. Quand le résultat est de ce niveau, on pardonne tout, bien sûr, en espérant quand même qu'il ne faudra pas attendre 6 ans le prochain spectacle lyrique à Saint-Denis.
 
Sur scène, une superbe équipe de jeunes chanteurs. Ceux d’Aix n’étaient pas tous là, mais les nouveaux sont aussi beaux que talentueux. Au risque de paraître injuste, car il faudrait tous les citer, signalons juste la présence magnétique de la soprano Francesca Aspromonte dans le rôle-titre et la prestation hors du commun du jeune contre-ténor polonais Jakub Jozef Orlinski, surgissant sur scène comme un diable de sa boîte pour se lancer dans un numéro stupéfiant de breakdance ; et que dire de cette voix aérienne, puissante, assurée dans les aigus et d’une surprenante agilité dans les vocalises. Celui-là n'a pas fini de faire parler de lui.

Leonardo García Alarcón a dirigé d’une main de maître une Cappella Mediteranea très à l'aise et rendant à la perfection les affects et contrastes d'une partition absolument superbe.

vendredi 22 juin 2018

Erismena, opéra de Cavalli, à l'affiche au TGP

L’événement est de taille, car celait faisait bientôt 6 ans que le Théâtre Gérard Philipe n’avait pas inscrit d’opéra à son programme.
  
Son précédent directeur, Christophe Rauck, avait monté et mis en scène lui-même, avec beaucoup de talent d’ailleurs, Le Couronnement de Poppée et Le Retour d’Ulysse de Monteverdi.

Les chanteurs et musiciens de l’ARCAL étaient tous formidables, et je garde de ces deux spectacles un souvenir ravi. Avec aussi la belle émotion d'avoir croisé sur les gradins du TGP de nombreux jeunes de Saint-Denis, qui, grâce à cette initiative et à leurs professeurs, découvraient l’opéra dans leur ville.

  
  
  
Mais depuis, plus rien. J’avais, dans un courrier, fait part de ma déception à l'actuel directeur, Jean Bellorini, mais attends toujours la réponse...

Les 25 et 26 juin prochains, le TGP accueille, enfin, un nouveau spectacle lyrique. C’est un opéra peu connu de Cavalli, Erismena, dans la production de Leonardo Garcia Alarcon qui a triomphé l’an dernier à Aix et à l’Opéra royal de Versailles.

Un spectacle haut en couleurs, où l’on fait la connaissance d’un roi hanté par ses cauchemars, de princes aussi charmants que volages, d’une jeune femme qui se déguise en guerrier pour retrouver son infidèle fiancé et d’une esclave qui veut devenir reine sans renoncer à ses amants... Sans compter le cortège, pittoresque et habituel dans ce répertoire, de serviteurs râleurs et de vieilles nourrices ridicules.
  
Apologie de la liberté d’aimer sans contraintes, le livret d'Erismena n’est, pour une fois, tiré ni de l'histoire ni de la mythologie : c'est un sujet original écrit par Aurelio Aureli, un librettiste célèbre de l'époque. Et c'est sans doute cela qui a séduit Cavalli. Composé en 1655, l’opéra remporta à l’époque un grand succès, de Venise jusqu’en Angleterre, avant de tomber dans l'oubli, comme la quasi totalité de la production musicale de l'époque.

Le temps de Cavalli est-il enfin venu ?

En 2013, le Festival d'Aix a présenté Elena, et l'Opéra de Paris Eliogabalo en 2016. Plus connus, Il Giasone et La Calisto ont été donnés il y a plusieurs années à Paris, l’un au Théâtre des Champs-Elysées, l’autre à la Salle Favart, dans de fort belles productions :

      

Né en 1602 à Crema, Francesco Cavalli est l'un des plus grands compositeurs du 17ème siècle. Resté longtemps dans l'ombre de Monteverdi, il est l'auteur d'une trentaine d'opéras qui ont pour la plupart connu un grand succès, et ont été joués un peu partout, en Italie, mais aussi dans de nombreuses villes d'Europe.

Arrivé jeune à Venise, Cavalli intègre en 1616 la Basilique Saint Marc et travaille sous la direction de Monteverdi, dont il devient l'un des plus proches collaborateurs. Il est nommé organiste, puis maître de chapelle en 1668.

Son talent le fait naturellement aller vers l'opéra, un genre que Monteverdi avait apporté à Venise, et qui rencontrait un succès grandissant auprès du public, d'autant que des salles de spectacles privées ouvraient les unes après les autres : pas moins de neuf en quelques années. La concurrence est vive, les enjeux financiers importants (il faut des recettes de billetterie), Cavalli  le comprend rapidement et saisit la balle au bond : en 1639, il crée Le Nozze di Teti e di Peleo au Théâtre San Cassiano.

Confiés aux meilleurs auteurs de l'époque, les livrets obéissent pour la plupart au même schéma dramatique : intrigues complexes, le plus souvent tirées de la mythologie ou de l'histoire, amours impossibles, complots, infidélités, travestissements, rebondissements continus et effets de machinerie garantis. Avec une alternance très shakespearienne de scènes tragiques et comiques.

"Collant" parfaitement à ce schéma, les partitions de Cavalli entremêlent lamentos, scènes de sommeil et de folie, ballets et ritournelles orchestrales bien rythmées. Comme son maître, il privilégie la lisibilité de l'action et l'intelligibilité des textes par des récitatifs expressifs.

En 1641, deux ans après Le Nozze di Teti e di Peleo, c'est le triomphe de La Didone, bientôt suivi par ceux de L'Egisto (1643), La Calisto (1651), Xerse (créé en 1655, il restera 27 ans à l'affiche en Italie), Erismena (1656) et L'Ipermestra (1658). Les œuvres de Cavalli ont tant de succès qu’elles sont reprises et adaptées dans d'autres villes de la Péninsule, notamment Naples. Avec 29 productions différentes et 61 éditions du livret, Giasone (1649) détient même, au 17ème siècle, le record de l'œuvre la plus représentée en Italie.

Invité à Paris par Mazarin en 1660, Cavalli y compose Ercole Amante pour le mariage de Louis XIV, grand opéra, chanté en italien, mélangeant les traditions vénitiennes et les spécificités françaises, notamment un orchestre opulent et de nombreux ballets où danse le roi. Mais le retard des travaux de la salle des Tuileries, où doit se donner cet opéra de noces, lui impose de représenter dans un premier temps Xerse, où Lully intègre beaucoup de ses ballets. Deux œuvres de Cavalli qui influenceront directement la tragédie lyrique naissante.

De retour à Venise, en 1662, Cavalli crée encore quelques œuvres, plus spectaculaires, avec chœurs, ballets, scènes de bataille et force machineries, comme Pompeo Magno (1666) et Eliogabalo (1668). Ce dernier n'a pourtant jamais été représenté du vivant de Cavalli :  la mode est déjà en train de changer, et le public délaisse les récitatifs expressifs pour les airs virtuoses des castrats.
  
Cavalli meurt en 1676. Seules ses œuvres sacrées ayant été publiées de son vivant, les opéras disparaissent des scènes pour trois siècles. Redécouverts dans la seconde moitié du 20ème siècle, ils commencent enfin à s'imposer comme un jalon essentiel entre Monteverdi, Scarlatti et Vivaldi. Une bonne vingtaine d'entre eux restent à redécouvrir.