jeudi 14 mars 2019

Festival de Saintes 2019

Saintes - Abbaye aux Dames
Christian Merlin écrivait cet été dans le Figaro que le Festival de Saintes est une vitrine de ce que la France compte de réussites les plus éclatantes dans le renouveau de la musique baroque.
  
Un bilan exceptionnel, en effet, que l’on doit en grande partie à Stephan Maciejewski, directeur artistique du Festival depuis 25 ans, qui, ce matin, dévoilait à la presse le programme de l’édition 2019.
 
La musique vocale, bien sûr, se taillera la part du lion.

Hervé Niquet et son Concert spirituel ouvriront le Festival par des pièces polyphoniques d’Orazio Benevolo, 8 chœurs à 4 voix, disposés aux quatre coins de la cathédrale Saint-Pierre de Saintes, dans un dispositif spatialisé qui s’annonce particulièrement spectaculaire.

Notons aussi la présence réjouissante de Lucile Richardot, dans une version peu connue du Chant de la Terre, transcrit par Schönberg pour 13 instruments. Paul Agnew et Les Arts Florissants donneront un programme Vivaldi, Haendel et Galuppi, tandis que les ensembles Gli Angeli Genève et Vox Luminis chanteront Bach.
  
Seuls sur scène, Ophélie Gaillard jouera des suites pour violoncelle de Bach et de Britten, et Adam Laloum l’opus 101 de Beethoven et la sonate en la majeur D959 de Schubert.
 
Comme chaque année, Philippe Herreweghe retrouvera le chemin de la Saintonge pour diriger l’Orchestre des Champs-Elysées dans des œuvres vocales de son cher Bruckner, le double concerto de Brahms et la 8ème symphonie de Dvorak.
  
N’oublions pas la présence du Jeune Orchestre de l’Abbaye -qui a récemment enregistré les deux concertos pour violoncelle de Haydn avec Raphaël Pidoux, dans un programme Mozart et Haydn, sous la direction d’Alessandro Moccia.

Le programme complet du Festival peut être consulté sur le site de la Cité musicale de Saintes.
 
   

dimanche 3 février 2019

10 ans de promenade au milieu des chefs-d'oeuvre

Quelqu’un a dit, je ne me souviens plus qui, qu’écrire sur la musique c'est comme danser sur l'architecture. Une réflexion qui semble condamner critiques, blogueurs et musicologues, sinon au silence, au moins à la modestie.

Schopenhauer écrit que la musique nous donne ce qui précède toute forme, le noyau intime des choses, et est en-cela le plus profond et le plus puissant de tous les arts…

La musique, poursuit-il, ne cesse de nous charmer jusque dans ses accords les plus douloureux, et nous prenons plaisir à entendre les mélodies même les plus plaintives nous raconter dans leur langage l’histoire secrète de notre volonté, de toutes ses agitations, de toutes ses aspirations avec les retards, les obstacles, les tourments qui les traversent...
 
Il y a dans la musique quelque chose d’ineffable et d’intime : aussi passe-t-elle près de nous semblable à l’image d’un paradis familier quoique éternellement inaccessible ; elle est pour nous à la fois parfaitement intelligible et tout à fait inexplicable ; cela tient à ce qu’elle montre tous les mouvements de notre être, même les plus cachés, délivrés désormais de la réalité et de ses tourments.


Richard Wagner, sur qui Schopenhauer eût une grande influence, résuma le propos du philosophe en une formule restée célèbre : la musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots.

A quoi bon, alors, ajouter des phrases à ce que la musique exprime si bien ?
 
Anatole France disait que le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’œuvre. Et c'est, je crois, vers cet objectif que j’ai tendu, pendant 10 ans, au fil de 477 billets, essayant, autant que faire se peut, de maintenir un l’équilibre entre évocation des œuvres et impressions personnelles.
 
Mais avant le « comment », peut-être aurait-il fallu saisir le « pourquoi » ?

L'impulsion dominante, quand on rencontre la beauté, est le désir de la retenir, la posséder et lui donner de l'importance dans notre vie, en la comprenant, en prenant conscience des facteurs, notamment psychologiques, qui la rendent possible.

Peindre en mots, je crois, aide à consolider les impressions de beauté. Aussi, plutôt que de décrire l'œuvre, de tenter de l'expliquer, il me semble plus intéressant de retracer l'impression laissée par son écoute, les souvenirs qu’elle fait surgir ou les correspondances qu’elle évoque. Comprendre pourquoi cet air ou ce mouvement de sonate nous a ému nécessite en effet de dépasser l'analyse intrinsèque du morceau, sa ligne mélodique, sa construction, pour essayer de savoir quel sont les ressorts psychologiques, la disposition d'esprit qui a permis que la magie opère à ce moment précis.

L'effort de formulation permet non seulement de revivre l'écoute, mais aide aussi beaucoup à préciser la pensée en essayant de la formuler de la façon la plus juste possible. Bien dessiner les contours du souvenir permet de le mieux fixer et d'en jouir plus longtemps. C'est peut-être au final assez égoïste, mais c'est, je crois, l'essentiel.
  

mardi 29 janvier 2019

Le Centre de musique baroque de Versailles à la recherche d’un nouveau souffle

Hôtel des Menus plaisirs, siège du CMBV
En 1987, le ministère de la Culture confiait à Vincent Berthier de Lioncourt et à Philippe Beaussant la mission de fonder une institution pour redécouvrir et valoriser le patrimoine musical français des XVIIe et XVIIIe siècles. Le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) était né.


Soutenu par le Ministère de la Culture, l’établissement public du Château de Versailles et le Conseil régional d’Ile-de-France, le Centre a toutefois vu son budget sérieusement impacté, en 2017, par la suppression d’une subvention de 250 000 euros du département des Yvelines.
  
Dans ce contexte, mais aussi dans un climat plus général d’essoufflement de la diffusion de la musique baroque française, et de remise en cause latente du rôle et du positionnement du Centre, on attendait beaucoup de son nouveau directeur, Nicolas Bucher, nommé en mars 2018, et qui présentait jeudi dernier à la presse un ambitieux projet d’établissement pour la période 2019 – 2021.
 
En voici les principaux axes :

Une Académie d’été verra le jour en juillet 2020, autour de master-classes, de stages et de concerts. Le site Internet du CMBV va subir une refonte complète, l’action culturelle auprès du jeune public et des zones défavorisées va continuer de se développer, à l’instar du beau projet Générations Lully que nous avons eu récemment le plaisir de présenter :

    
Un projet scientifique et artistique structurant va également voir le jour, autour du personnage du Régent Philippe d’Orléans, dont on ne sait pas toujours qu’il fût lui-même musicien, chanteur, compositeur de cantates, motets, et même de trois opéras, dont un Penthée dont voici un court extrait instrumental :
    

vendredi 25 janvier 2019

Véronique Gens, Tragédiennes

A la fin de l’année dernière, Erato a présenté un coffret réunissant les trois disques de Véronique Gens et des Talens Lyriques consacrés aux tragédiennes de l’opéra français. Une excellente initiative, qui permet, pour certains de retrouver ces enregistrements, pour d’autres de les découvrir. 
 
Trois disques qui demeurent, à mon sens, des références insurpassables de l’art du chant français.
 
Le premier, articulé autour des tragédiennes baroques, présente de beaux extraits d’Armide de Lully ainsi qu’un air bouleversant tiré du Carnaval de Venise de Campra (Mes yeux, fermez-vous à jamais). Leclair (Scylla et Glaucus) et Rameau (Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux) sont bien sûr au rendez-vous, comme dans le second volet, qui repart des Paladins pour aller à Berlioz (Les Troyens), en passant par Cherubini (Médée), Grétry (Andromaque) et Gluck (Alceste, Orphée et Eurydice).
 
Les airs sont habilement entrecoupés d'intermèdes instrumentaux (merveilleuse Passacaille d’Armide de Lully). Hommage discret au canon des comédies ballets et des tragédies lyriques, ces moments de respiration permettent aussi de savourer les belles couleurs instrumentales des Talens Lyriques et le talent de leur chef, Christophe Rousset.
 
Le troisième volet nous fait retrouver Didon, Médée, Andromaque et Iphigénie, mais cette fois coulées dans la rhétorique musicale plus ample de l'opéra romantique. Comme les précédents, ce récital combine avec bonheur des extraits d'opéras célèbres (Les Troyens de Berlioz, Don Carlos de Verdi, Hérodiade de Massenet) et quelques perles oubliées qui nous font explorer les marges du répertoire, ces interstices un peu mystérieux qui montrent que l'histoire de la musique est bien plus souvent marquée par l'évolution que par la rupture.

Deux découvertes à signaler : de Saint-Saëns, dont l'œuvre lyrique, exception faite de Samson et Dalila, a quasi intégralement sombré dans l'oubli, Véronique Gens ressuscite une superbe mélodie, la plainte de Catherine d'Aragon, extrait de son Henry VIII
 
Et puis, cette page surprenante d'un certain Auguste Mermet, l'air d'Alde, tiré de Roland de Roncevaux, qui réunit, dans un cocktail assez pittoresque, tous les ingrédients du grand air romantique, récitatif agité, mélodie cantabile, orage, cabalette, coda et tutti à grand fracas.
 
Clarté limpide de la ligne vocale, noblesse des intonations, diction parfaite (on comprend absolument tout, ce qui n'est guère fréquent), puissance altière et déchirante, Véronique Gens nous donne une leçon de chant en tous points exemplaire.
 
Passionnant de bout en bout, sans temps morts, le parcours se termine par le grand air d'Elisabeth de Don Carlos "Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde", que je dois bien reconnaître n’avoir jamais entendu chanté d'une façon aussi bouleversante.
 
 
 
Ecoutons Véronique Gens dans l’air d’Hérodiade de Massenet :
 

vendredi 18 janvier 2019

2019, en musique

Il n'est pas trop tard pour émettre quelques vœux pour la nouvelle année. 
  
Une année 2019 que j’aimerais placée sous le signe de la musique contemporaine, celle qui est en train de s’écrire, celle qui va bientôt être étudiée, répétée et jouée, celle que le public va découvrir et j’espère aimer, celle qui, au fil des années, viendra peut-être nourrir le répertoire de qu’il est convenu d’appeler la « musique classique ».
  
Je ne me permettrai pas de donner des conseils aux compositeurs, tout juste de formuler quelques souhaits :
  
Tout d’abord, qu’ils restent à l'écoute des musiques populaires de leur pays, comme Schubert et Bartok ont pu l’être, mais aussi des musiques exotiques, comme Mozart avec ses turqueries, Bizet et Ravel avec l’Espagne ou Puccini avec l’Asie.
  
Qu'ils n'aient surtout pas peur du rythme, du rock, du jazz et pourquoi pas de la variété : les plus grands ont toujours su briser les barrières et faire tomber les murs des chapelles, que ce soit Ravel avec son concerto en sol et sa sonate pour violon et piano ou Chostakovitch dans sa suite Jazz.
  
Qu'ils assument le passé, comme Massenet (Cendrillon) ou Stravinsky (Pulcinella) avec le XVIIIème siècle, Szymanowski ou Pärt avec la musique modale ancienne.
  
Mais qu'ils restent en phase avec les innovations techniques : on oublie parfois que l'orchestre de Berlioz n'avait plus grand chose à voir avec celui de Monteverdi, et que les compositeurs ont toujours été à l'affût de nouveaux instruments : à peine inventés, le piano et la clarinette ont été adoptés par Mozart, qui a composé pour eux plusieurs de ses plus grands chefs d'œuvre.

Tout cela pour dire que la composition dite "classique" a toujours été au plus haut quand, justement, elle cessait d'être classique pour s’ouvrir sur le monde. A l’inverse, quand elle s'est repliée sur elle-même pour n'être plus qu'un exercice formel, voire mathématique, à la seule destination d'un public de spécialistes (polyphonies de la Renaissance, musique sérielle), elle s’est asséchée, s'est coupée du public et a le plus souvent fini par disparaître des salles de concert et des bacs à disque. 
  
Ecrivez une musique à l'image de notre monde, ouvert, globalisé, une musique qui surprend, fait pleurer et donne envie de danser, une musique qui raconte une histoire, fait voyager dans le temps et dans l’espace, bref, une musique qui rendra la vie et l’année 2019 encore plus belles.

mardi 15 janvier 2019

Il y a 400 ans, naissait Barbara Strozzi

En 1619, naissait à Venise l'une des plus grandes figures féminines de l'histoire de la musique, la chanteuse et compositrice Barbara Strozzi. Espérons que ce 400ème anniversaire sera l'occasion de célébrer, et sans doute, pour beaucoup, de découvrir, cette extraordinaire musicienne.
 
Barbara doit beaucoup à son père, Giulio Strozzi, célèbre poète et librettiste d’opéra, qui lui prodigua  une éducation littéraire et musicale de premier plan. Notamment en la présentant à Francesco Cavalli, auprès de qui elle étudia la composition.
 
A  partir de 1634, la jeune femme participe aux travaux et études de l’Accademia degli Unisoni, branche musicale de l’Accademia degli Incogniti, célèbre société savante fondée par Giovanni Loredano. Elle commence à écrire et chante ses compositions.
 
En 1644, Barbara Strozzi publie pour la première fois un livre de madrigaux sur des textes de son père. Le succès ne l'abandonnera jamais : jusqu'en 1664, elle publiera ainsi 125 œuvres, sur huit opus, essentiellement des madrigaux, arias et cantates. Des pièces particulièrement bien écrites, témoignant d'une excellente maîtrise du contrepoint et d'une constante inspiration mélodique, toujours fidèle à l'esprit du texte.
Farouchement indépendante, Barbara Strozzi refuse de se marier et élève seule ses quatre enfants, ce qui témoigne d’une force de caractère exceptionnelle, dans une société du XVIIème siècle où les femmes n’avaient guère leur place qu’auprès de leur mari.
 
Elle bénéficie, il est vrai, de puissants patronages, comme le doge Sagredo, l'empereur Ferdinand III, Éléonore de Gonzague-Mantoue ou la duchesse de Brunswick, qui lui commandent des oeuvres et lui offrent une protection fidèle, y compris sur le plan financier.
 
Il y a 10 ans, Leonardo García-Alarcón et sa Cappella Mediterranea lui ont rendu hommage dans un très beau disque (Ambronay, 2009).
   

samedi 12 janvier 2019

Mahler with love

Comme beaucoup d'autres, j’ai découvert Mahler au cinéma, avec Mort à Venise, et le sublime adagietto de la 5ème symphonie. 

Je me souviens aussi de la forte impression ressentie, quelques mois après, à l'écoute de la première symphonie. 
  
Parti en vacances dans le midi, j’avais emporté un petit poste de radio que mon oncle m’avait offert pour mon anniversaire et grâce auquel je pouvais écouter Concerto pour transistor, une émission qu’Eric Lipmann présentait le samedi soir, assez tard, sur Europe 1. Et à laquelle je dois une bonne partie de mes premières émotions musicales.
  
Lipmann avait passé le troisième mouvement de la Symphonie Titan, une marche funèbre fantasque où le thème de Frère Jacques est repris en canon d'une façon assez angoissante. Il expliqua, je m'en souviens encore, que l’inspiration de ce morceau était venue au compositeur du souvenir d’un dessin célèbre du dessinateur autrichien Moritz von Schwind, L’Enterrement du chasseur montrant les animaux de la forêt portant en cortège la dépouille de leur ennemi à fusil. Cette histoire, mais surtout la musique de Mahler me fît alors un effet saisissant. En tout cas sans commune mesure avec le lapin de Chantal Goya…

Peu de temps après cette découverte, un hasard du calendrier fît que les énergumènes de La Tribune des critiques de disques inscrivaient cette oeuvre à leur programme. A l’issue d'une confrontation haute en couleurs, la version de Karel Ancerl avec la Philarmonie tchèque était définitivement élue référence. Haut la main devant Walter, Solti et Bernstein. C'est d'ailleurs toujours ma version préférée.

Dès le lendemain, je m'étais rendu rue Gambetta (à Poitiers), chez le vieux disquaire à blouse blanche de la Librairie des Etudiants. Ze vais voir mais ze vous promets rien me dit-il d'un air aussi sceptique qu'embarrassé. Mais au bout d'un bon quart d'heure, je le vis sortir triomphant de son capharnaüm, brandissant une pochette de 33 tours verdâtre, recouverte d'une bonne couche de poussière et toute écrite en tchèque : Ze l'ai trouvé !

C'est vrai qu'il zozotait assez fort et je ne peux m’empêcher de sourire quand je le revois m’apporter sa trouvaille, affirmant l’index levé : ze vous assure, seuls les tseks savent zouer cette musique.

Je me suis dit qu’il avait peut-être lui-aussi écouté l’émission, tout en restant intimement persuadé que son excellent zuzement n’avait pas besoin de l’avis des critiques professionnels.

Comme on ne trouvait pas d’autres enregistrements de Karel Ancerl, je me suis constitué au fil des années et des soldes une intégrale hétéroclite, la 3ème par Abravamel, la 4ème par Horenstein, un Maazel par ci, un Karajan par là. Puis j'ai abandonné l’écoute des symphonies de Mahler, attiré par d’autres répertoires. Peut-être aussi parce que ces interprétations, aussi prestigieuses soient-elles, m'avaient laissé sur ma faim. Le vieux disquaire avait certainement raison : il aurait fallu n'écouter que les chefs tchèques.

Tout ceci m'était plus ou moins sorti de la tête jusqu’à ce que je tombe, il y a quelques années, sur l’intégrale que Rafael Kubelik a gravée à la fin des années 60 chez Deutsche Grammophon, avec l’Orchestre de la Radio bavaroise.

Fils du grand violoniste Jan Kubelik, Rafael naît le 29 juin 1914 à Bychory, une des villes où Mahler passa une partie de sa jeunesse. Il étudie au conservatoire de Prague, est nommé très jeune directeur du théâtre national de Brno, puis, en 1942, directeur musical à la Philharmonie tchèque, succédant à Vaclav Talich.
  
À l'arrivée des communistes, il s'exile en Angleterre puis part aux Etats-Unis. Il devient alors directeur musical de l'Orchestre symphonique de Chicago. De retour en Europe, en 1961, il est nommé directeur musical de l'Orchestre de la Radio bavaroise, poste qu'il occupera pendant près de 20 ans, avant de se retirer en Suisse, où il décède en 1996.
  
Si d’autres ont peut-être fait aussi bien, personne n’a jamais fait mieux.
  
Bien sûr, il y a cette grande fidélité au texte, ce souci du détail, cette expressivité à la fois généreuse et toujours maîtrisée, ces tempos rapides qui rythment les mouvements vifs et empêchent les mouvements lents de verser dans le pathos. Mais ce qui frappe le plus à l’écoute de ces enregistrements, c’est le sentiment, à la fois ému et serein, d’être face à quelque chose qui relève de l'évidence.
  
Kubelik maîtrise et comprend parfaitement les symphonies de Mahler, bien sûr, on le sait. Mais plus que cela, ce qu'on perçoit à l'écoute des disques, c'est tout l'amour qu'il leur porte. Et finalement, c'est peut-être là que se cache la vérité d'une œuvre, dans l’amour qu'on lui donne.